quête d'identité adoption

La quête d’identité, une étape essentielle pour se construire

Lorsque l’on est adopté, construire son identité, c’est comme devoir compléter le puzzle de sa vie avec des pièces manquantes. Et cette quête d’identité oblige bien souvent l’enfant adopté à se poser une multitude de questions.

Pour les parents également, cette étape est attendue, mais bien souvent – et secrètement – redoutée. Car adopter un enfant, ce n’est pas seulement une extraordinaire preuve d’amour. C’est aussi et surtout l’envie profonde d’apporter à un enfant une vie équilibrée et remplie de cet amour.

Adopter un enfant, ce n’est pas seulement se satisfaire de tout ce que l’on peut apporter à l’enfant en tant que parent. C’est aller bien au-delà. Notamment, une fois qu’il sait qu’il est adopté, savoir lui parler de son histoire, de son passé, et ne pas faire de ces discussions des sujets tabous et inconfortables. Car l’enfant mérite de savoir et d’avoir accès à toutes les informations qui lui sont disponibles.

Le fait de ne pas mettre de voile sur ces sujets aidera l’enfant dans cette étape si indispensable à son développement qu’est la quête d’identité. En effet, ne pas faire des origines quelque chose de tabou aidera l’enfant à se construire en confiance. Ce qui est fondamental. Car, même vides, ces parties de son passé font partie de son individualité, de son intimité, et de cette histoire à laquelle il va s’identifier.

La quête d'identité quand il manque une pièce au puzzle
La quête d’identité, c’est comme rechercher une pièce manquante au grand puzzle de notre vie.

“Nous attendrons qu’il grandisse pour en parler”

La quête d’identité, quand une pièce manque au puzzle

Attendre que l’enfant grandisse et soit en âge de comprendre est bien souvent une erreur à éviter. Pas toujours évidemment. Mais vous allez comprendre pourquoi il faut préférer en parler le plus tôt possible.

Car, même si au début, cela est difficile à comprendre pour lui, même si ce sont des notions compliquées, plus tôt cette partie de son identité lui sera apportée, plus tôt l’enfant se l’appropriera. Cela s’intègrera dans son mental et fera pleinement partie de son monde.

Et bien sûr, en grandissant, des questions vont traverser son esprit jusqu’à développer ce besoin de quête d’identité. Au point de se demander qui sont ses parents biologiques, dans quel contexte il a été abandonné, pourquoi il a été abandonné… Ce sont des interrogations essentielles, un processus normal pour sa propre construction, son propre développement.

Cependant, et les parents adoptifs en ont souvent plus conscience que leurs enfants, chercher à retrouver son passé n’est pas toujours salvateur. Bien au contraire. Cela peut parfois faire remonter des douleurs enfouies profondément.

Mais pour en avoir conscience, l’enfant doit se poser ces questions. Pour reprendre l’image du puzzle de la vie, aucun individu sensé ne pourrait se satisfaire d’un puzzle avec une pièce manquante en plein milieu. N’importe qui rechercherai dans la boîte, parterre, sous les meubles pour retrouver ce petit morceau de puzzle… Et c’est une fois ces recherches réalisées que l’on peut, soit retrouver cette pièce et compléter le tableau, soit prendre du recul et accepter – ou non – d’avoir une pièce manquante.

Mettre en place un terrain propice à la communication

Et à ce stade, il est indispensable de mettre en place un terrain propice à la communication, aux échanges sur ce sujet. La famille doit être un lieu où les discussions, quels que soient les sujets, sont bienveillantes et non tabous. Car si l’enfant adopté ne peut pas poser les questions qui lui traversent l’esprit à sa propre famille, à qui peut-il véritablement les poser ?

Vraisemblablement à personne. Et c’est en ne trouvant pas d’écoute bienveillante que, bien souvent, l’enfant se referme sur lui-même. Jusqu’à garder pour lui ces questions existentielles qui manquent cruellement de réponse. Car ce n’est pas le jour de son adoption que la vie de l’enfant a débuté. Son histoire a véritablement débuté le jour de sa naissance, incluant notamment le contexte qui l’entoure.

L’important est donc de trouver le juste milieu entre :

  • presser l’enfant pour qu’il pose des questions, même s’il n’en a pas envie ;
  • ignorer qu’il puisse avoir des questions à poser ou fuir/reporter ces discussions ultérieurement.

Car ces deux situations risqueraient, pour l’enfant, de rendre inconfortable toute volonté de poser des questions sur son passé. Il faut donc le rassurer sur le fait qu’il peut demander à engager une discussion sur ce sujet. Que toutes les questions sont possibles. Et ainsi créer un climat sain et rempli de compassion et de compréhension sur les ressentis de l’enfant. C’est ainsi qu’il pourra se construire une véritable identité. Et ce même si des pièces sur son passé avant l’adoption sont manquantes.

Quête d'identité, c'est quand l'autre est notre miroir
Lorsque l’adopté cherche à s’intégrer, le regard des autres suffit souvent à lui rappeler qu’il n’est pas né ici

Ma propre quête d’identité

Mon rapport à ma propre histoire pendant mon enfance

“Mais pourquoi tu as les yeux comme ça ?”

Dès mon plus jeune âge, j’ai su que j’avais été adopté. Je n’ai d’ailleurs aucun souvenir de quand je l’ai appris. Car cette information a fait partie de mon histoire très tôt. Il faut dire que mes origines sud-coréennes m’ont clairement facilité la tâche pour comprendre tout cela.

D’ailleurs, mes parents m’ont souvent raconté comment cela s’est passé. Petite interlude nostalgique, voyage dans le temps dans ma plus tendre enfance…

C’était un soir, à table lors du dîner. Je devais certainement avoir aux alentours de 3 ans. Ma soeur, de 4 ans mon aînée, étant également adoptée et née en Corée du Sud, avait un visage qui m’intriguait. “Mais pourquoi tu as les yeux comme ça ?”, lui ai-je demandé en étirant mes yeux sur le côté pour mimer les yeux bridés (bien qu’ils l’étaient déjà…). Une question d’enfant curieux, née de l’observation des différences évidentes entre son visage et ceux de nos parents. “Mais tu as aussi les yeux bridés, andouille !“, m’avait-elle alors répondu d’un ton amusé.

Et, aussi bizarre que cela puisse paraître, je ne m’en étais jamais rendu compte. Et c’est ainsi que j’ai compris que ma soeur et moi étions “différents” de nos parents.

Vous comprendrez que cela facilite clairement les explications pour parler d’adoption à son enfant. J’ai donc grandi avec cette notion et me suis épanoui avec cela.

“Si vous voulez voir votre dossier, vous n’avez qu’à nous demander”

Aussi loin que remontent mes souvenirs, je n’ai jamais entendu mes parents nous interdire de parler de nos origines avec eux. Sans engager les discussions expressément, ils nous ont toujours dit : “Nous avons vos dossiers d’adoption. Si vous voulez les consulter, et c’est votre droit, vous avez juste à nous demander.

De plus, très tôt, ils nous ont également promis que, à la fin de nos études, ils nous offriront un voyage dans notre pays d’origine. Et dans le cerveau d’un enfant, ces deux informations font toute la différence.

En effet, rangez une tablette de chocolat devant ses yeux dans un placard fermé à double tour. Et dites-lui : “Tu as interdiction d’y toucher !“. L’interdiction créera l’envie. Et il y a de fortes chance que votre enfant fera tout pour atteindre ce placard, l’ouvrir et manger cette tablette interdite jusqu’au dernier carré. A contrario, posez la tablette de chocolat sur une table, bien en évidence et accessible, et dites-lui “Tu as le droit de prendre un carré quand tu en auras envie“. Il y a de fortes chances pour qu’il se serve un carré, voire deux carrés, mais qu’il n’y revienne plus ensuite.

C’est ce qui s’est passé dans ma tête. Je savais que je pouvais consulter mon dossier quand je le voulais, et qu’un jour j’irai dans mon pays d’origine. Alors je n’en ressentais ni l’urgence, ni le besoin.

Quête d'identité dans le dossier d'adoption
Lorsque l’on est adopté, notre dossier d’adoption contient parfois des réponses suffisantes pour satisfaire notre quête d’identité.

L’évolution de mon rapport à ma propre identité

Le monde nous rappelle constamment nos différences

Pendant de nombreuses années, bien que sachant que je pouvais avoir accès à mon dossier d’adoption, je me suis contenté des informations que mes parents pouvaient me donner. Dès mon plus jeune âge, j’ai considéré mon adoption comme quelque chose d’anecdotique, comme faisant partie de mon passé.

Ayant été adopté tout bébé, à l’âge de 3 mois et demi, la notion d’abandon n’a pas eu d’impact particulier chez moi au niveau émotionnel. Ma priorité a donc été, jusqu’à la fin de mon adolescence, de rendre ma différence ethnique la plus discrète possible. Je cherchais par tous les moyens à m’intégrer auprès de mes camarades d’école. Jusqu’à fuir parfois les autres enfants asiatiques pour ne pas être assimilé à eux. Mais en vain…

Car le monde est souvent terrible et impitoyable. Il nous rappelle en permanence nos traits physiques. Comme si notre identité était déterminée principalement par ces traits physiques. Combien de fois m’a-t-on dit : “Tu es asiatique, tu devrais être souple”… WHAT ?!
Ou d’autres phrases telles que “Tu es grand pour un asiatique”, “Tu devrais faire des arts martiaux, tu aurais des facilités” ou “Vous les Chinois (re-WHAT ?!), vous êtes généralement bons en maths”… Et mes amis de me défendre en répondant : “Il n’est pas Chinois, il est Coréen !”…

“Hum… euh… en réalité, je suis Français…”
En y repensant aujourd’hui, cela me fait tendrement sourire.

Mon voyage en Corée, une révélation dans ma quête identitaire

Finalement, c’est au lycée, puis dans mes études supérieures, que j’ai clairement commencé à assumer ces traits qui me rappelaient, chaque fois que je me regardais dans le miroir, que je n’étais pas né ici. C’est à ce moment-là que j’ai demandé à voir mon dossier d’adoption… Un dossier qui me laissa plutôt sur ma faim, car je n’y appris que peu de choses. De plus, tout était écrit en Hangul (écriture coréenne), ou en anglais (langues que je ne maîtrisais à l’époque pas du tout). Mais cela m’a donné envie d’en savoir plus, à tel point que j’avais même décidé de commencer à apprendre le coréen.

Puis, chose promise, chose due, c’est à la fin de mon stage de fin d’études que ma mère me rappela sa promesse. Elle allait organiser notre voyage en Corée. Nous allions partir 10 jours, elle et moi, visiter Séoul, nous rendre à l’orphelinat dont l’adresse était indiquée dans mon dossier… C’était en novembre 2004.

Ce voyage fut tout simplement magique et eut un véritable impact émotionnel et sur ma quête d’identité. Mais pour dire vrai, je ne m’en suis rendu compte qu’après…

(Je reviendrai sur ce voyage dans un ou plusieurs articles plus spécifiques)

Mon développement identitaire assez tardif

Ma découverte de l’association Racines Coréennes

Après ce voyage, tout s’est accéléré dans ma vie. J’ai obtenu mon diplôme de journaliste. J’ai obtenu mon premier emploi dans un hebdomadaire régional en Île-de-France. Par la suite, j’ai rencontré la femme avec laquelle je vis toujours aujourd’hui, que j’ai épousée et avec laquelle j’ai construit ma vie. Et peu de temps après cette rencontre, j’ai quitté le cocon familial…

Tous ces changements m’ont fait perdre pas mal de repères. Avec toutes ces transformations, j’avais besoin de donner du sens à tout cela. En effet, que peut-il se passer dans la tête d’une personne qui vient de passer plusieurs jours dans son pays d’origine, découvrir où et comment il aurait pu vivre, apprendre de nouvelles informations sur ses origines, apprendre qu’il pourrait en apprendre davantage s’il le souhaite, avant de rentrer chez lui pour reprendre une vie normale, à savoir obtenir un diplôme, trouver un travail, un appartement et l’amour de sa vie ?

Et, parce que la Loi de l’Attraction est ainsi, lorsque l’on ouvre sa conscience à quelque chose que l’on veut, elle développe une plus grande attention à tous les petits signes en rapport avec ce “quelque chose”. Et mon “petit signe” à moi fut alors un reportage diffusé à une heure de grande audience, au sujet d’une association, baptisée Racines Coréennes, venant en aide aux adoptés d’origine coréenne. L’équipe de tournage avait alors suivi un groupe d’adoptés lors du voyage annuel à Séoul, organisé par l’association.

J’ai tout de suite voulu rencontrer ces personnes qui partageaient, de près ou de loin, le même passé que moi, peut-être les mêmes réflexions, les mêmes questionnements, les mêmes besoins…

La quête d'identité, c'est parfois tester toutes les possibilités
Au retour de mon premier voyage en Corée, mon pays d’origine, je me suis mis à m’intéresser de près à la culture coréenne, notamment la gastronomie.

De la quête d’identité à l’acceptation

Là aussi, tout est allé très vite ensuite. Dans cette association, j’y ai rencontré du monde. Beaucoup de monde, dont certains sont devenus de véritables amis. A cette époque, j’ai créé mon premier blog, consacré à la culture coréenne. Car, je n’écoutais plus que de la musique coréenne, je regardais du cinéma coréen, des séries coréennes (les fameux dramas), je cuisinais coréen, j’apprenais à parler coréen, je ne sortais qu’avec mes amis “adoptés”… Je suis même repartie avec ma compagne en 2007 en Corée du Sud, pour un road trip où j’ai notamment visité Gyeong-Ju, ma ville de naissance.

Et je suis rentré de ce deuxième voyage, avec le projet d’y repartir un jour, plus longtemps, pour apprendre le coréen, créer un business entre la France et la Corée, et en profiter pour rechercher mes origines.

Certains pourraient penser que cette envie m’est venue tardivement. Je pense qu’elle m’est venue parce que c’était le bon moment. Alors j’ai décidé d’en parler à ma compagne et à ma mère. Je me suis préparé à toutes les réponses de leur part. J’ai angoissé à l’idée de leur faire peur, de les rendre tristes… Mais je ressentais vraiment ce besoin.

Et, finalement, lorsque je leur en ai parlé, elles ont tout de suite compris… et surtout, elles ont accepté et m’ont soutenu. J’étais soulagé. Mais finalement, et bizarrement, c’est parce que j’ai eu leur soutien que, tout à coup, je n’ai plus ressenti ce besoin de partir là-bas, et de rechercher mes origines… C’est parce que je me suis senti soutenu, entouré, et aimé, que l’envie de retrouver la pièce manquante au grand puzzle de ma vie m’a semblé tout à coup presque inutile. Car je me suis soudainement senti rempli et aimé.

En conclusion

Vous l’aurez compris, c’est ainsi que ma quête d’identité a pris fin. Car je venais de comprendre qui j’étais vraiment, et qui j’avais besoin d’être aujourd’hui et pour l’avenir.

(Pour être honnête, la quête d’identité ne prend jamais vraiment fin. Elle évolue en fonction des aléas de la vie, mais elle existe toujours bel et bien. J’évoque cela rapidement dans l’article de présentation de ce blog, mais j’y reviendrai sûrement dans de prochains articles)

Cependant, dans cet article, je ne cherche pas à vous donner une démarche claire, structurée, cartésienne, en 5 ou 7 étapes précises, confirmée et complétée par de nombreuses études scientifiques ou psychologiques, pour comprendre ce qu’est la quête d’identité d’une personne qui a été adoptée. Car, même si l’on peut faire émerger quelques tendances, cette quête identitaire est personnelle. Elle est unique à chacun car elle dépend de l’histoire de l’enfant, de sa personnalité, de son évolution et de ses expériences, de son entourage et de leur capacité à aborder ces sujets… Bref, les paramètres sont nombreux.

Finalement, il existe autant de manières d’appréhender la quête d’identité qu’il y a d’adoptions…

Et vous, en tant qu’adopté, comment avez-vous construit votre identité malgré les pièces manquantes au grand puzzle de votre vie ? Ou vous, en tant que parents d’enfants adoptés, comment abordez-vous cette question avec eux ? Dites-le moi dans les commentaires. C’est avec plaisir que je lirai vos précieux témoignages.

Faites connaître cet article:

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur pinterest
Pinterest
Partager sur linkedin
LinkedIn

VOTRE GUIDE GRATUIT

DÉCOUVREZ LES 5 ÉTAPES QUI VOUS AIDERONT À COMPRENDRE VOTRE HISTOIRE, À FAIRE LA PAIX AVEC VOTRE PASSÉ, ET À VOUS CONSTRUIRE UNE VIE ÉPANOUISSANTE

 

On Key

Sur la même thématique :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour haut de page
Presque fini ! 50%

Reprenez votre vie en main dès maintenant !

Accédez gratuitement À VOTRE GUIDE GRATUIT / SPÉCIAL ADOPTION

... Et découvrez les 5 étapeset qui vous aideront à comprendre votre histoire, à faire la paix avec votre passé, et à vous construire une vie épanouissante...
en vous reconnectant, dès aujourd'hui, à vos valeurs les plus profondes !

Ebook en quête de sens adoption
%d blogueurs aiment cette page :